Couverture du livre "Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes" - Octobre 2025

Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ?

Voilà une question que tous les parents se posent un jour : Dois-je interdire les réseaux sociaux à mon enfant ? À partir de quel âge ? Et surtout : est-ce vraiment la bonne solution ?

Le livre Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? (octobre 2025), dirigé par Serge Tisseron, pyschiatre, explore cette question avec nuance.

Publié chez Robert Laffont en collaboration avec Usbek & Rica, cet ouvrage collectif réunit plusieurs experts – psychologues, chercheurs, journalistes – pour éclairer un débat brûlant : comment protéger les mineurs sans les couper du monde numérique ?

Un débat mondial sur fond de lois et de polémiques

Face aux scandales à répétition, aux fuites de données et la désinformation galopante, les réseaux sociaux ont démontré que les plateformes numériques ne réguleront jamais seules leurs pratiques.

De nombreux gouvernement ont donc décidé de passer à l’action en mettant la question de l’interdiction des réseaux sociaux sur la table. 

En décembre 2024, l’Australie a voté la première loi au monde interdisant aux moins de 16 ans d’accéder aux réseaux sociaux. Objectif : protéger les jeunes d’un environnement jugé nocif pour leur bien-être.

Quelques mois plus tard, le Danemark a suivi : le 7 octobre 2025, sa Première ministre Mette Frederiksen déclarait que « les réseaux sociaux volent l’enfance de nos enfants ». Son gouvernement prévoit d’interdire leur accès avant 15 ans.

Et la France ? Depuis plusieurs mois, les effets des réseaux sociaux sont de plus en plus débattus. En juin 2025, Emmanuel Macron a affirmé qu’il était prêt à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans si l’Union européenne ne prenait pas de décision commune.

Mais est-ce vraiment la bonne approche ?

Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes, ou mieux accompagner les ados ?

Ce débat s’inscrit dans un contexte où le temps d’écran des plus jeunes et des ados atteint des niveaux record. Selon une étude IPSOS pour le Centre national du livre (CNL) publiée en 2024, les 7-19 ans passent en moyenne 3h11 par jour connectés à Internet, et les 16-19 ans dépassent même les 5h12 quotidiennes.

Une consommation numérique massive, qui interroge autant les parents que les pouvoirs publics sur l’équilibre entre vie en ligne et vie réelle.

Sous la plume de Serge Tisseron, entouré de spécialistes comme Grégoire Borst, professeur en psychologie et neuroscience de l’enfant, Nadia Daam, journaliste, et Anne Cordier, enseignante spécialiste des usages numériques des jeunes, le sujet des réseaux sociaux est abordé sous différents angles :

  • Santé mentale et développement cognitif,
  • Cadre juridique et responsabilité des plateformes,
  • Pratiques sociales et culturelles des jeunes.

Le livre ne cherche pas à diaboliser les réseaux sociaux. Chaque plateforme est différente. Chaque adolescent·e est différent·e. Chacun·e a une expérience différente en ligne. Le livre tente plutôt de comprendre ce qui pousse les jeunes à s’y connecter, et comment les encadrer sans les exclure.

Un livre pour comprendre, pas pour condamner

Cet essai collectif refuse la réponse simpliste de l’interdiction. 

Les auteurs ne minimisent pas les risques encourus sur les réseaux sociaux : cyberharcèlement, addiction, temps d’écran qui explose, sédentarité, désinformation, bulle de filtre, pornographie, atteinte à la vie privée, perte de sommeil… Ces problèmes s’accumulent et nourrissent un climat d’inquiétude légitime chez les parents.

La liste est longue et les conséquences sur la santé mentale des adolescents sont de plus en plus documentées, comme le rappelle Grégoire Borst dans sa lettre à Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook et à la tête du groupe META (Facebook, Instagram, WhatsApp, etc).

Lors de ma lecture, le témoignage de Nadia Daam, qui a été la victime d’une campagne de cyberharcèlement ultra-violente en ligne en 2017, m’a particulièrement glacé le sang. Elle a vraiment vécue l’enfer, personnellement, et sa famille dans son sillage. Les insultes, les menaces en ligne, ont eu des conséquences graves dans sa vie réelle : piratage de ses comptes en ligne, changement d’appartement, changement d’école pour sa fille, protection policière, etc. 

Son expérience prouve que les violences numériques ont des conséquences bien réelles. Malgré tout, Nadia ne plaide pas pour une interdiction totale :  « Bannir TikTok ou Snapchat pousserait les jeunes vers des espaces encore plus dangereux et incontrôlés. »

Et Anne Cordier rappelle que les adolescents ne sont pas inconscients : ils connaissent les risques (du moins en partie), mais cherchent aussi à s’informer et à s’exprimer via les réseaux sociaux.

Elle observe qu’ils suivent des créateurs comme Hugo Décrypte ou Le Monde sur TikTok ou YouTube, et que leur interdire ces plateformes reviendrait à les couper de leur principale source d’information

Les auteurs plaident pour une éducation au numérique ambitieuse, fondée sur la confiance plutôt que sur la méfiance. Car la clé n’est pas seulement légale, elle est éducative. Interdire les réseaux sociaux ne suffit pas. Il faut comprendre les jeunes et leurs usages, afin de les accompagner au mieux. 

Les parents, les enseignants et les pouvoirs publics doivent avancer ensemble, dans une logique de prévention et non de censure.

Et comme le rappelle Serge Tisseron : « Interdire, c’est simple et peu coûteux. Éduquer, c’est exigeant, mais durable. »

C’est tout l’enjeu : apprendre aux jeunes à naviguer en ligne, à exercer leur esprit critique et à faire bon usage des outils numériques.

Des alternatives pour une jeunesse connectée mais encadrée

Plutôt que d’interdire purement et simplement les réseaux sociaux, les auteurs invitent à imaginer une nouvelle façon d’accompagner la jeunesse dans le monde numérique.

Ils rappellent qu’il ne suffit pas de bloquer l’accès : il faut outiller les enfants, les parents et les enseignants pour leur permettre de comprendre, d’agir et de choisir en connaissance de cause.

Plusieurs pistes sont évoquées :

  • Former les parents et les enseignants à la culture numérique, pour qu’ils deviennent des repères fiables face aux algorithmes et aux nouveaux usages.
  • Renforcer la régulation des plateformes (contrôle d’âge, modération, transparence) ;
  • Créer des espaces numériques adaptés aux jeunes, où la sécurité et le dialogue priment sur la publicité et la course à l’attention ;
  • Développer des lieux de sociabilité alternatifs pour ne pas laisser les réseaux devenir le seul espace d’échange.

Ces propositions reposent sur une idée simple : préparer les adolescents à évoluer dans le numérique, plutôt que les en exclure.

Mon avis sur le livre

J’ai trouvé ce livre passionnant.

Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? n’apporte pas une réponse unique.

Il ne cherche pas à juger les parents ni à excuser les plateformes, mais à réhabiliter la complexité du sujet.

Chaque contribution apporte une vision humaine et nuancée : celle de chercheurs qui observent, de journalistes qui témoignent, et de parents qui doutent.

En tant qu’auteur de Parlons Réseaux Sociaux, je partage pleinement cette approche :

👉 interdire ne protège pas, accompagner protège.

Ce livre redonne du sens au dialogue entre générations. Et c’est exactement ce dont nos familles ont besoin.

Je vous le recommande vivement.

  • Titre : Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ?
  • Sous la direction de : Serge Tisseron
  • Auteurs : Anne Cordier, Nadia Daam, Grégoire Borst
  • Éditeurs : Usbek & Rica / Robert Laffont
  • Collection : Les Nouvelles Lettres Persanes
  • Parution : 9 octobre 2025
  • Prix : 5 €

Retour en haut