Faut-il interdire les réseaux sociaux aux enfants ? La question divise, y compris les experts de la parentalité. Et elle revient inlassablement dans toutes les conversations entre parents. À la sortie de l’école, lors des repas de famille, sur les groupes WhatsApp.
Et pour cause : en quelques années, les réseaux sociaux se sont imposés dans le quotidien des enfants et des adolescents, souvent plus vite que notre capacité à en mesurer les conséquences.
Beaucoup de parents oscillent entre deux positions inconfortables.
D’un côté, la peur d’exposer trop tôt leurs enfants à des contenus violents, à la comparaison permanente, au cyberharcèlement ou à l’addiction.
De l’autre, la crainte de les isoler socialement en leur interdisant ce que “tous les autres” semblent déjà utiliser.
Car les réseaux sociaux ne sont pas de simples outils de divertissement. Ce sont des plateformes conçues pour capter l’attention, influencer les comportements et prolonger le temps passé à l’écran – y compris chez les plus jeunes.
Face à ces mécanismes, peut-on vraiment attendre d’un enfant qu’il fasse preuve de recul, d’autocontrôle et de maturité ?
Interdire, autoriser, encadrer, accompagner…
La réponse n’est ni simple ni universelle. Mais une chose est certaine : faire comme si le problème n’existait pas n’est plus une option.
Dans cet article, nous allons poser les bases d’une réflexion essentielle : comment protéger les enfants sans les couper du monde numérique dans lequel ils grandissent ?
Interdire complètement : séduisant… mais inefficace
Sur le papier, interdire les réseaux sociaux aux enfants semble une bonne idée. L’interdiction totale semble protectrice : pas d’exposition au cyberharcèlement, à la comparaison sociale, aux comportements addictifs, ni aux contenus inappropriés.
Mais dans la pratique :
- Les enfants et adolescents contournent facilement les restrictions d’âge (faux âge, comptes secondaires).
- L’interdiction déplace le problème vers des usages cachés, non accompagnés.
- Elle crée parfois un sentiment d’exclusion sociale (“tout le monde est sur Snap sauf moi”), qui peut générer d’autres risques psychologiques.
Conclusion : l’interdiction totale protège sur le moment, mais ne prépare pas l’enfant à un monde où les réseaux seront omniprésents.
A lire sur le sujet : l’excellent livre Faut-il interdire les réseaux sociaux ? paru en 2025
Le vrai sujet : l’âge, la maturité et la capacité d’autorégulation

Tous les enfants n’ont pas la même maturité émotionnelle, ni les mêmes compétences numériques.
La question n’est donc pas “interdire les réseaux sociaux aux enfants ?” mais plutôt “quand et comment les accompagner ?”
Pour les touts petits, je vous invite à lire les recommandations de Serge Tisseron pour apprivoiser les écrans, avec le fameux https://www.3-6-9-12.org/
Pour les autres :
Avant 11 ans :
- Le cerveau n’est pas armé pour gérer la comparaison sociale et la pression du groupe.
- Exposition plus forte à la manipulation des algorithmes.
- Recommandation : pas de réseaux sociaux, même “soft”. Préférer messageries contrôlées, communication familiale, contenus éducatifs.
11 – 13 ans :
- Âge charnière.
- Risques majeurs : cyberharcèlement, sextorsion, surconsommation, perte d’estime de soi.
- Recommandation : accès limité, comptes privés, règles claires, co-navigation, auto-contrôle accompagné.
14 – 15 ans :
- Début de la construction identitaire.
- Besoin d’expérimenter mais encadrement nécessaire.
- Recommandation : accès plus large, mais cadre ferme : limites de temps pour les téléphones portables, discussions régulières, règles de sécurité.
16 ans et + :
- Plus en capacité d’autonomie, mais pas encore totalement.
- Recommandation : éducation continue à la gestion des risques, à l’esprit critique et à l’image de soi.
Pourquoi le “laisser-faire” est encore pire

À l’inverse, ne rien encadrer expose l’enfant à :
- La logique addictive des plateformes (Instagram, TikTok, Snapchat, etc).
- La comparaison permanente (corps, popularité, réussite).
- La désinformation.
- Les prédateurs et la violence verbale.
- L’impact sur le sommeil, la concentration et les résultats scolaires.
Un enfant ne peut pas réguler seul un outil conçu pour capter son attention.
La meilleure approche : un cadre clair + un accompagnement constant
Plutôt que d’interdire les réseaux sociaux aux enfants, les experts recommandent un modèle en 4 piliers :
1. Différer l’âge d’entrée (ne pas commencer trop tôt)
2. Accompagner activement (co-navigation, discussions, règles)
3. Éduquer (critique des contenus, pub, algorithmes, gestion du temps)
4. Contrôler (paramètres de confidentialité, pas de compte public avant 15 ans, calendrier d’usage)
Bref, le problème n’est pas le smartphone. Le problème, c’est un enfant seul face à un outil et un monde numérique conçus pour des adultes.
Conclusion : faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ?
➡️ Oui, avant un certain âge.
➡️ Non, une interdiction totale n’est ni tenable ni éducative.
➡️ La meilleure solution : retarder, encadrer et accompagner les mineurs dans la découverte des plateformes.




