Twitter (X) : pourquoi ce réseau social est devenu dangereux

Twitter n’est plus un réseau social : c’est un accélérateur de désinformation. Depuis son rachat par Elon Musk, la plateforme rebaptisée X a profondément changé de nature. Moins de modération, plus de contenus extrêmes, des incitations financières malsaines… et une désinformation qui déborde désormais largement du cadre numérique.

Pendant longtemps, Twitter a ressemblé à une place publique numérique : on y allait pour suivre l’actualité, entendre des journalistes, comprendre “ce qui se passe” en temps réel.

Aujourd’hui, la plateforme n’a plus grand-chose à voir avec ça. Et si vous êtes parent – que vous y soyez encore, ou que votre enfant y traîne “juste pour les memes” – il y a un vrai sujet de vigilance. Pas moral. Pas politique. Un sujet de santé informationnelle.

Je vous explique pourquoi, et surtout quoi faire concrètement.

Je n’y suis plus, donc ça ne me concerne pas” : FAUX

Beaucoup d’adultes ont quitté Twitter ces dernières années. Fatigue, toxicité, impression de tourner en rond. Et c’est compréhensible.

Sauf qu’un réseau social n’est pas un club privé : c’est un système de diffusion. Même si vous n’y êtes plus, les contenus circulent ailleurs : sur TikTok, Insta, WhatsApp, YouTube, dans les discussions au collège, via des captures d’écran…

Autrement dit : vous pouvez ne plus être sur X, tout en en subissant les effets. Et nos enfants aussi.

Or, Twitter est devenu un Far West informationnel. Les shérifs (a.k.a. modérateurs) ont disparu, les lois appliquées sont à géométrie variable (le propriétaire du réseau social choisit lui-même les contenus à rendre visible ou pas via son algorithme), l’IA Grok fait n’importe quoi, notamment déshabiller des jeunes femmes si on lui demande…

Pour un adulte aguerri, ce Far West est déjà épuisant.

Pour un adolescent, c’est un terrain miné.

Dans cet environnement :

  • les propos extrêmes deviennent banals à force d’être répétés,
  • l’agressivité devient un style,
  • la provocation devient une preuve de courage,
  • et la frontière entre humour, idéologie et haine se brouille.

Le problème n’est pas que “tout le monde peut parler”.

Le problème, c’est que quand il n’y a plus d’arbitre visible, ce sont les règles de la loi du plus fort qui s’imposent.

Et dans le Far West numérique, nos enfants ne sont ni armés, ni entraînés pour faire la différence entre un saloon, un duel… et un guet-apens.

Le badge bleu : un faux indicateur de crédibilité

Pendant longtemps, le badge bleu sur Twitter avait une fonction très simple : indiquer qu’un compte était authentique.

Concrètement, cela voulait dire que la plateforme avait vérifié que la personne ou l’organisation derrière le compte était bien celle qu’elle prétendait être. Journalistes, médias, institutions, personnalités publiques… le badge servait de repère de confiance, notamment lors d’événements importants ou de crises.

Ce système n’était pas parfait, mais il avait une vertu essentielle : il aidait les utilisateurs à distinguer les sources identifiées des comptes anonymes ou parodiques.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Le badge bleu peut désormais être obtenu en payant un abonnement mensuel. Autrement dit, le badge n’indique plus “c’est vrai”, mais “c’est payant”. La nuance est énorme, et elle est rarement comprise par les utilisateurs occasionnels… encore moins par les adolescents.

Dans la pratique, cela produit une confusion dangereuse :

  • des comptes inconnus ou militants apparaissent visuellement “au même niveau” que des médias reconnus,
  • des messages trompeurs bénéficient d’un fort capital de crédibilité,
  • des fausses informations se diffusent plus vite, car elles ont l’apparence du sérieux.

Pour un parent, c’est un point clé à comprendre : ce que votre enfant voit comme un signe d’autorité n’en est plus un. C’est un piège parfait :

  • ils lisent des comptes « certifiés »,
  • ils voient des visuels « propres »,
  • ils concluent : c’est vrai.

Quand l’outrage devient rentable

Sur X, certains utilisateurs ne publient plus seulement pour s’exprimer ou échanger.

Ils publient pour gagner de l’argent.

C’est un changement majeur que beaucoup de parents ignorent.

Concrètement, la plateforme permet à certains comptes, notamment ceux qui paient un abonnement, de toucher de l’argent en fonction de l’engagement généré par leurs publications : réactions, commentaires, partages.

Plus un message provoque de réactions, plus il peut rapporter.

Le problème, c’est que l’engagement n’est pas lié à la qualité de l’information, mais à l’intensité de la réaction émotionnelle.

Et sur Internet, ce qui fait le plus réagir, ce n’est ni la nuance, ni la pédagogie, ni le doute.

Ce sont :

  • la colère,
  • la peur,
  • l’indignation,
  • le scandale,
  • la moquerie.

Autrement dit, le système récompense mécaniquement les contenus les plus excessifs.

Pour un adulte averti, cela peut déjà être trompeur.

Pour un enfant ou un adolescent, c’est beaucoup plus pernicieux.

Ce qu’il voit défiler sur son écran n’est pas “ce qui est important”, mais ce qui rapporte.

Et plus un message est provocateur, plus il est mis en avant – donnant l’illusion que ces opinions sont majoritaires, légitimes, ou “courageuses”.

Il faut bien comprendre une chose : beaucoup de contenus qui circulent ne sont pas là pour informer ou convaincre. Ils sont là pour déclencher une réaction, n’importe laquelle, parce que chaque réaction est monétisable.

Cela crée un environnement où :

  • exagérer devient une stratégie,
  • mentir devient rentable,
  • choquer devient un métier.

Et pour un jeune qui apprend à se forger une opinion, c’est un terrain extrêmement glissant : il risque de confondre popularité et vérité, viralité et importance, agressivité et force de caractère.

Le plus inquiétant : les effets « hors écran »

Aujourd’hui, ce qui circule sur X ne reste pas cantonné à un écran. La plateforme est devenue un amplificateur : elle accélère la diffusion d’informations non vérifiées, elle les rend virales, et surtout, elle leur donne un poids qu’elles ne devraient pas avoir.

Concrètement,

  • des rumeurs peuvent devienir des “faits” parce qu’elles sont massivement partagées,
  • des contenus faux influencent des décisions politiques réelles,
  • des emballements en ligne débouchent sur des tensions, des violences ou des actions concrètes sur le terrain.

Pour un parent, c’est le point de bascule le plus important à comprendre. On ne parle plus seulement :

  • de temps passé devant un écran,
  • de langage choquant,
  • ou de mauvaises fréquentations numériques.

On parle de construction de la réalité.

Quand un enfant ou un adolescent est exposé en continu à :

  • des récits simplifiés (“les gentils contre les méchants”),
  • des accusations sans preuve,
  • des vidéos sorties de leur contexte,
  • des discours qui transforment des groupes entiers en boucs émissaires,

il ne consomme pas de l’information. Il apprend une grille de lecture du monde.

Et cette grille peut ensuite influencer :

  • sa perception des autres,
  • sa peur ou sa méfiance,
  • son rapport à l’autorité,
  • sa capacité à accepter la complexité.

Le danger n’est pas que nos enfants deviennent “politisés”.

Le danger, c’est qu’ils deviennent polarisés.

C’est-à-dire qu’ils apprennent très tôt à voir le monde comme un champ de bataille permanent, où l’émotion l’emporte sur les faits, et où la réaction rapide compte plus que la réflexion.

Quand une plateforme participe à créer ce climat — volontairement ou non — elle n’est plus neutre.

Et quand elle touche des millions de jeunes esprits, la question n’est plus “est-ce qu’on aime ce réseau ?” mais : « est-ce un environnement sain pour apprendre à comprendre le monde ?« 

Ce que les parents peuvent faire face à X

Vous l’aurez compris, je ne suis pas un grand fan de X. C’est l’une des plateformes que j’ai classé comme dangeureuse dans mon livre, avec un niveau de risque de 4 sur 4.

Mais mon objectif n’a jamais été de diaboliser les outils numériques, ni de prôner l’interdiction pure et simple. Dans la réalité, interdire fonctionne rarement. Comprendre et accompagner, beaucoup plus.

Conseil #1 – Parler de la plateforme avant de parler des règles

Avant même de fixer des limites, il est essentiel de mettre des mots sur ce qu’est X aujourd’hui :

  • un espace très peu modéré,
  • une plateforme où la provocation est récompensée,
  • un lieu où l’information circule vite… mais pas forcément juste.

Ce simple cadrage change beaucoup de choses. Il permet à l’enfant de comprendre que le problème n’est pas lui, mais l’environnement dans lequel il évolue.

Conseil #2 – Installer des réflexes d’esprit critique (et les pratiquer ensemble)

Plutôt que de dire “c’est faux” ou “c’est n’importe quoi”, mieux vaut poser des questions :

  • Source : Qui parle ? (nom, historique, intention)
  • Preuve : Qu’est-ce qui prouve cela ? (document, contexte, média fiable)
  • Recoupement : Qui d’autre confirme ? (au moins 2 sources indépendantes)

L’objectif n’est pas d’avoir raison, mais de rendre visibles les mécanismes. Et ça, ça s’apprend mieux dans le dialogue que dans la confrontation.

Encouragez aussi la diversification des sources : plus les sources sont variées, moins un récit unique peut s’imposer comme une vérité absolue.

Conseil #3 – Clarifier le statut de X

Une règle simple et efficace à poser en famille :

X n’est pas une source fiable d’information. Au mieux, c’est un signal. Jamais une preuve.

Cette phrase peut sembler anodine, mais elle remet la plateforme à sa juste place et protège des mauvaises interprétations, surtout lors d’événements anxiogènes.

Conseil #4 – Limiter l’exposition à X, pas seulement le temps d’écran

Sur X, la qualité de ce qu’on voit compte plus que la durée.

Dix minutes de contenus violents ou haineux peuvent marquer plus durablement qu’une heure passée sur un jeu ou une vidéo créative.

Cela implique :

  • de s’intéresser aux comptes suivis, et de faire le tri,
  • de désactiver certains contenus sensibles,
  • d’éviter que X devienne l’application “par défaut” quand on s’ennuie.

Evidemment, aucun parent ne peut tout voir, tout contrôler, tout filtrer. Et ce n’est pas grave. Le véritable objectif n’est pas de créer une bulle étanche, mais de donner à nos enfants des outils mentaux qui leur permettront, tôt ou tard, de faire le tri par eux-mêmes.

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